Le poids de l’absence…

12870711656« Elle a mal mais elle se tait : personne ne peut comprendre, ni sa peur, ni sa culpabilité, ni ce vide qui compose maintenant sa vie. Elle reste silencieuse pour ne pas déranger les gens, pour ne pas leur faire peur, mais avant tout et principalement pour ne pas lire dans leur regard de la pitié.
Elle fuit cette compassion victimisante, cette peur d’être jugée au travers des actes de sa propre mère.
Silence.
Les gens lisent en elle comme dans un livre ouvert au chapitre déterminant de sa vie. Elle ne veut pas de leur pitié, elle ne veut pas de « ma pauvre », elle refuse qu’on s’apitoie, qu’on la plaigne.
Silence.
Elle veut se taire, garder ce poids pour elle. Mais d’un autre coté, elle a pourtant envie de leur dire, de leur crier, de leur vomir toute la haine qu’elle a, là, dans un recoin de son âme.
Silence.
Elle n’est pas folle mais commence à en douter. Ces pensées bizarres qui lui traversent l’esprit lui font peur.
Et si ?
Et si les gens savaient ?
Et si ce mal était héréditaire ?
Et si elle ne s’en sortait pas ?

Elle a pris mon bras, l’a serré. Puis elle a attrapé mon genou et l’a serré fort. J’ai mal. Je l’ai repoussé, je lui ai dit qu’elle me faisait mal.
« c’est ça l’Amour. L’Amour ça fait mal » m’a-t-elle tout simplement répondu.

Elle ne contrôle plus rien, ni ses émotions, ni son entourage, ni même sa vie. Elle est impuissante, passive.
Chaque mot, chaque objet, chaque pensée font échos à son mal, et peuvent la faire basculer d’un état quasi euphorique à purement nostalgique.
Elle ignore si cela lui fait du bien ou pas. Elle ignore tout de cette culpabilité fracassante qui la submerge quand elle pense, repense à sa mère.
Elle ne comprend pas, elle s’en veut, elle lui en veut et ne sait plus quoi penser. Ses émotions sont brouillées par ces élans de conscience et lucidité. Elle maudit pour l’instant ces moments, mais secrètement a aussi peur de ne plus les vivre et d’oublier à jamais.
Ne pas savoir et faire appel à son imagination pour se souvenir et se projeter dans l’avenir est la pire torture Humaine qui soit. Mais personne ne le sait, sauf elle à cet instant.
Elle a seulement envie d’être seule. Seule avec elle-même. »

Il y a 12 ans, j’écrivais ces mots maux, et en les relisant je peux dire qu’à l’aube de mes 30 ans, ils n’ont jamais été aussi justes.
12 ans déjà que je ne t’ai plus vue,
12 ans déjà que je t’ai entendu franchir cette foutue porte et n’ai pas pris la peine de me lever de peur d’une nouvelle de tes « crises »…
12 ans que je reste sans explication à ce geste, à cette pensée qui a pu traverser ton esprit à ce moment là,
12 ans à grandir sans savoir qui tu étais vraiment
12 ans à grandir dans tes pas sans savoir à qui je ressemble,
12 ans que personne n’a compris ce qu’il t’a pris ce jour-là.

Il y a 12 ans les gendarmes venaient me dire qu’il ne restait rien de toi.
En ¼ de seconde, tellement de choses ont été bousculées.
Ma vie a changé à jamais.

Il faisait beau ce jour-là, mais c’était une véritable tempête en moi.
Les oiseaux gazouillaient alors que mon cœur pleurait.

J’ai mis de 3 mois à réaliser…
3 longs mois où j’ai attendu le soir le bruit de ta voiture,
J’ai composé ton numéro pour t’annoncer que j’avais mon bac,
Je t’ai même cherché dans les rayons de supermarchés… et appelé « maman » toutes les femmes blondes que je voyais,
3 mois où je n’ai pas compris que je n’avais plus de maman. Plus MA maman.

12 ans après, en grandissant, je me rends compte que tu es probablement là quelque part, mais que mon quotidien, lui est vraiment sans toi.
12 ans pendant lesquels j’ai pris conscience que toutes les 2 nous n’avons eu à peine 17 ans pour se connaître… moins mes quelques années de démarrage dans la vie…

Je n’aurai jamais tes précieux conseils de mère,
Mes enfants n’auront pas de grand-mère.
Il parait que je te ressemble de plus en plus. Sans doute.
Je ne le saurai jamais finalement ; les gens m’apprennent qui tu étais. Mais un enfant ne devrait pas avoir à apprendre ça à travers les autres.

Mais surtout, je me rends compte qu’elle avait raison : l’Amour ça fait mal ; et le temps n’atténue ni la douleur, ni l’absence… Car même 12 ans après, elle manque toujours autant….

Oui maman, tu me manques toujours.

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